Texte écrit par PASCAL THEVENEY à l'occasion de la parutions de semaine 22.07 Mulhouse 007 :

"Une lente expérimentation des modalités du dessin a fait que la pratique de Nicolas Tilly se déplace parfois hors de la feuille, hors du plan. Après des interrogations liées au format, au trait, à la monstration du dessin, s’est posée la question de la façon de dessiner. Il n’est plus question du modèle d’après nature mais de puiser dans les multiples registres où le dessin se façonne (B.D., dessins animés, jeux vidéo…) sans oublier le D.A.O. Puisque la souris peut se substituer au crayon, puisque le pixel peut remplacer le trait, Nicolas Tilly tente la modélisation en 3D sur ordinateur. Ne cherchant pas à maîtriser tout le potentiel du logiciel, il en sort des formes nouvelles, hybrides, “sans queue ni tête” où les volumes de base se reconnaissent mais se déforment. Il ne s’agissait pas alors de conserver le fichier dans un recoin de l’espace de stockage mais de rendre réelles ces nouvelles formes. C’est ainsi que des volumes à la fois étranges et familiers ponctuent l’espace d’exposition. Ces volumes gardent le statut de dessins puisqu’ils sont en feuilles de contreplaqués, le trait en est les coupures et les ligatures. Mais ils ne sont pas de simples applications de ce qui s’est formé à l’écran car le geste de poser ces volumes au sol leur font acquérir la propriété de remodeler l’espace les environnant par phénomène de projection, “d’étoilement”. Comme si le dessin, malgré sa légèreté et sa fragilité présumées, avait la capacité de modifier son environnement."




Un regard sur l'exposition "Uchronie...", texte de DOMINIQUE MOULON, journaliste et crtique d'art.

“Uchronies ou la ville au fond de l’œil” de Renaud Bezy & Nicolas Tilly, galerie Ars Longa du 25 mars au 22 avril 2009.

« L’action, dans les univers développés par Renaud Bézy et Nicolas Tilly, se déroule dans un “après”. Après les jeux vidéo ou après les technologies, après que les hommes aient déserté le monde, les villes. La musique répétitive, dans “Chain Reactions” de Renaud Bézy, nous évoque les jeux vidéo d’antan, durant que dans l’image une porte s’ouvre sur un couloir qui se termine par une autre porte qui s’ouvrira à son tour, sur un autre couloir. Il n’est plus question, ici, ni de règle ni de jouabilité. Le spectateur, hypnotisé par le flux régulier des images, n’a d’autre alternative que de suivre un travelling sans fin. Quant aux facettes polygonales de “La Bête-Monde” sculptée par Nicolas Tilly, elles témoignent de l’évolution de notre perception des technologies car les polygones, tout comme les pixels, ont été considérés tels les signes d’une nouvelle esthétique avant de disparaître sous la puissance de calcul des machines. Signe des temps, polygones et pixels réapparaissent aujourd’hui, sous des allures quelque peu vintage. Ou quand les technologies intègrent le sujet de la représentation. Et puis, il y a la parcelle de “Paysage”, dont Nicolas Tilly nous dit qu’elle a été ingérée par “La Bête”. Est-elle déserte ou a-t-elle été désertée comme le sont les paysages de Renaud Bezy ? L’action, dans “Les Incrustes” de ce dernier, se déroule encore dans un “après”. Après quelques catastrophes ou cataclysmes, quand la nature reprend ses droits sur le béton. Signe des temps, toujours, les pratiques de ces deux artistes oscillent entre dessin, peinture, installation et vidéo où l’imaginaire l’emporte dans leurs représentations d’un “après”, ou peut-être d’un “ailleurs”.




Une « bête-monde », à la matérialisation étonnante, texte de PIERRICK THEBAULT publié dans son blog Regarde.org en 2007

Une « bête-monde », à la matérialisation étonnante. Développé autour de la thématique du « lieu mouvant », cette installation artistique rend compte de la création d’un monde virtuel, dont l’histoire a été perturbée par un phénomène imprévu… Devenu incontrôlable et prolifère, cet univers artificiel, rendu visible par Nicolas Tilly, évolue telle une entité indépendante. Comme extraite de l’espace informatique, la sculpture de la « bête-monde » et de son paysage emprisonné ont déjà envahit la galerie de l’ENSCI et celle de la Cité internationale de Paris. Particulièrement réussi, le travail de ce jeune plasticien français découle d’une réflexion intéressante autour des limites des mondes, des doubles numériques ou encore des bugs graphiques. Si le dessin est souvent un point de départ, Nicolas glisse d’un médium à un autre, et jongle entre images sources et images produites. Ne soyez donc pas étonnés d’apercevoir plusieurs séquences vidéos (ici et là), diffusées à côté de cette structure en tôle noire… Cet artiste n’hésite pas à explorer le domaine de la modélisation 3D pour en sortir des formes nouvelle, hybrides. D’autres travaux sont à découvrir sur l’ « espace du bug ».